Être une femme sur le marché de l’emploi : des inégalités qui persistent

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Dans notre pratique en développement de carrière, on nous demande souvent : pourquoi existe-t-il des services qui ne s’adressent qu’aux femmes?

D’abord, il convient de comprendre pourquoi les femmes demeurent encore aujourd’hui désavantagées sur le marché du travail, même si on a beau dire qu’il y a eu un sacré bout de chemin de fait depuis les années 70.

Après avoir eu le droit de voter (1940); de recevoir un chèque de paie à leur nom (1931); d’accéder à l’instruction (1943); d’obtenir le statut légal (1964); d’être protégées par la Charte des droits et libertés (1975); d’obtenir un salaire égal à leurs collègues masculins pour le même travail (1976) et après avoir prouvé qu’elles étaient capables d’apprendre et d’occuper tous les postes, les femmes se trouvent encore dans un continuum de revendications menant à l’égalité avec les hommes.

Malgré le fait qu’elles soient plus scolarisées que leurs vis-à-vis masculins, les femmes gagnent environ 88,5 % du salaire des hommes. Plus le niveau de scolarité est bas, plus l’écart est considérable. C’est bien connu, les DEP typiquement féminins (esthétique, coiffure, secrétariat) mènent à des emplois beaucoup moins payants que les DEP dits masculins (mécanique, conduite de véhicules lourds, soudure et tous les métiers de la construction).

Elles n’ont qu’à choisir des emplois mieux rémunérés, pense-t-on. C’est une option possible de choisir un métier ou une profession payante et à prédominance masculine, mais ce n’est pas facile d’avoir son CV sélectionné quand on s’appelle Geneviève et qu’on veut être plombière. Ça prend de la confiance, de la persuasion et un peu de créativité dans ses démarches. Il en va de même pour s’intégrer dans les équipes et s’y maintenir.

Conciliation travail-famille, ça vous dit quelque chose? Plusieurs emplois qui ont des horaires atypiques ne conviennent pas aux femmes qui, même si elles ne sont pas monoparentales, continuent d’être les responsables des enfants, de leur transport, des devoirs, des repas et de la présence nécessaire à la maison. Les proches aidantes sont aussi souvent les femmes, dont le rôle a toujours été de prendre soin des autres.

Et c’est souvent le choix que font les femmes d’aller naturellement vers le rôle que la société les encourage à occuper : prendre soin des autres, que ce soit pour servir, éduquer, soigner, nourrir, guérir et entretenir. Ce sont certes des emplois nobles et nécessaires, mais qui offrent souvent de moins bonnes conditions et salaires.

Les femmes sont aussi celles qui mettent en veilleuse leur carrière quand vient le temps de choisir entre famille et avancement professionnel. Quand elles veulent réintégrer le marché du travail, elles ne sont plus à jour et ont parfois perdu leur réseau, ce qui peut compliquer leur retour.

Pour toutes ces raisons, les femmes ont une expérience différente de celle des hommes sur le marché du travail. Ainsi, les intervenantes et intervenants en employabilité doivent prendre ces particularités en considération lorsqu’ils travaillent avec cette clientèle.

Pour en apprendre plus sur l’importance et la nature des services en emploi spécialisés offerts aux femmes dans les centres-conseils, revenez-nous la semaine prochaine.

Par Nicole Laurin, conseillère en emploi au Centre d’intégration professionnelle de Lanaudière