Les compétences du futur

Quel point commun ont les professions suivantes : cuisiniers, éducateurs de la petite enfance, adjoints administratifs juridiques, ingénieurs en aérospatiale, grutiers ou encore océanographes ? La caractéristique commune de ces métiers est qu’ils font partie des 153 métiers d’avenir au Québec selon le site Emploi d’avenir, c’est-à-dire qu’ils ont « des perspectives d’emploi ou d’intégration au marché du travail favorables ».

Sans s’attarder sur les tâches et exigences propres à chacun de ces métiers, on s’intéressera à des compétences clés que les employeurs rechercheront pour combler leurs besoins de main-d’œuvre. Voici ma vision, en tant que conseillère en emploi dans un centre-conseil en emploi, sur les compétences de l’avenir au Québec.

  • LA FORMATION CONTINUE

Le monde de demain appartiendra à ceux qui saisiront rapidement les opportunités d’apprentissage s’offrant à eux. Chaque individu sera responsable de s’outiller de stratégies variées pour tracer sa ligne de vie professionnelle. Les carrières de demain ne s’achèveront pas comme elles auront débuté (pour demeurer dans la tendance actuelle), d’où l’importance de se faire accompagner par des conseillers en développement de carrière. La formation continue sera aussi importante que le diplôme initial. Tout un chacun devra se doter d’un panier de compétences, d’où il puisera ce dont il aura besoin au moment opportun. Se munir d’un portfolio exhibant ses compétences et réalisations sera également une manière créative de parler de soi.

  • LE TRAVAIL EN ÉQUIPE

Le marché du travail québécois (et nord-américain en général) n’est pas hiérarchisé. Les employeurs s’attendent par conséquent à ce que les employés collaborent efficacement entre eux. Être capable de se joindre à la dynamique d’un groupe et/ou favoriser une belle symbiose entre collaborateurs est une réelle attente chez les employeurs. Bref, il faut s’intégrer aisément au sein d’une équipe, sinon on court le risque de ne pas se maintenir longtemps en emploi. Si la composition d’une équipe performante requiert des personnes provenant d’horizons différents, les employeurs s’attendent à l’émergence de leaderships positifs dans une équipe de travail.

  • LA COMMUNICATION

Le monde évolue et la manière dont nous communiquons aussi. L’information est consommée rapidement et on lit moins. On aura besoin de personnes capables de livrer une information pertinente, claire et courte et la capacité de vulgariser des concepts complexes à destination d’un public pressé de s’informer.

Si une image vaut mille mots, une vidéo en vaudra encore beaucoup plus. Le contenu continuera à être centré sur l’image et la vidéo. À l’instar des particuliers qui ont atteint la notoriété sur YouTube, les entreprises voudront aller au-delà de la simple consolidation de leur marque. On pourrait imaginer que les petites et moyennes organisations voudront se doter de leur propre chaîne d’information. Le marketing digital de demain fera naître des nouvelles professions à l’intérieur même de l’organigramme de l’entreprise. Les offres d’emploi pourraient porter ce genre de message : « Nous embauchons un journaliste sur notre chaîne YouTube pour promouvoir nos produits et faire le suivi en direct avec les clients… ». Ne pas avoir sa propre chaîne vidéo sera comme ne pas avoir de site Internet aujourd’hui. Les entreprises auront recours à des compétences — et pas nécessairement des diplômes — en journalisme, animation, réalisation de capsules ou courts métrages…, des compétences qui se résumeront à bien s’exprimer et à bien manipuler la caméra et les logiciels de montage vidéo. Ne soyons pas surpris si les départements de communication de demain se dotent de leur propre équipe de cinéastes.

  • LES COMPÉTENCES INTERCULTURELLES

La diversité de la main d’œuvre est une force indéniable sur le marché du travail tant au Québec qu’au Canada. Plus les groupes qu’ils coordonnent seront diversifiés, plus les gestionnaires auront intérêt à acquérir et consolider leurs compétences interculturelles. Avoir servi une clientèle multiculturelle, ou avoir travaillé au sein d’une telle équipe sont des éléments que bon nombre de candidats mettront de l’avant pour se vendre en entrevue. Les offres d’emploi le mentionnent comme un atout dès lors que la clientèle ciblée est multiethnique. On peut supposer que le recruteur déduira plus facilement certaines qualités chez les candidats qui démontrent une expérience multiculturelle. Exemple : la tolérance, le non-jugement, la facilité à communiquer avec autrui et la facilité de s’adapter.

  • LES COMPÉTENCES LINGUISTIQUES

Le bilinguisme demeurera un prérequis dans la majorité des emplois à Montréal afin de servir la clientèle, y compris celle ne parlant pas une des deux langues officielles. Parler la langue de l’autre rassure et crée un climat de confiance avec l’interlocuteur. Dans un arrondissement comme Montréal-Nord, il est fréquent que les employés multilingues communiquent avec leurs clients en créole, arabe, espagnol, italien…

  • LA CRÉATIVITÉ

Les employeurs voudront avoir des employés qui se démarqueront par leur créativité ou leur fibre artistique, car on aime apprendre en s’amusant. Des gestionnaires ayant cette sensibilité pourront encourager leurs collaborateurs par exemple à présenter les résultats trimestriels de manière artistique ou de forme ludique. Improviser une pièce de théâtre, interpréter un jeu de marionnettes ou chanter une chanson s’avère beaucoup plus amusant qu’une présentation formelle en réunion d’équipe. De tels exercices dévoilent des talents cachés et offrent une belle occasion de consolidation d’équipe.

  • LA POLYVALENCE

Il n’est pas nécessaire que les compétences que l’on a à offrir se complètent ou soient cohérentes entre elles, dès lors qu’on est polyvalent. C’est l’exemple d’une cliente que j’avais accompagnée dans sa démarche en emploi et qui avait plus d’une corde à son arc. Elle était conductrice d’autobus et aussi couturière. L’estime de soi se retrouve renforcée chez les individus qui possèdent plusieurs compétences, car ce sont des profils qui se démarquent. Dans cet exemple, l’avenue de l’entrepreneuriat est facilement envisageable si on souhaite tirer des revenus de quelque chose qui nous passionne.

  • L’ENGAGEMENT SOCIAL

Les employeurs au Québec sont sensibles à l’engagement social. Les candidats qui s’impliquent socialement font bonne figure. Faire du bénévolat est bien vu et reconnu comme une expérience professionnelle, car il permet de développer des compétences nouvelles.

  • LE SENS DE L’HUMOUR

Dans bien des situations, le sens de l’humour a de grands pouvoirs : régler des conflits, faire passer un message avec tact ou tout simplement détendre l’atmosphère. Le sens de l’humour peut s’avérer une qualité en or chez des candidats qui appliquent dans le milieu hospitalier. Une préposée aux bénéficiaires qui était en recherche d’emploi m’a confié qu’en plus de faire rire ses patients, elle les faisait danser aussi quand ils le pouvaient. Voici l’exemple d’une compétence que les gestionnaires d’hôpitaux aimeraient avoir dans leurs établissements. Administrer des soins ne suffit pas, il faut démontrer comment on aime prendre soin des patients. Le système de santé n’échappera sûrement pas à l’intelligence artificielle qui gagne du terrain de plus en plus, mais il est plus que souhaitable que des êtres humains continuent à prendre soin des êtres humains. On osera espérer que la dimension humaine dans la relation d’aide demeurera indispensable.

Enfin, d’autres qualités viendront compléter les paniers de compétences des individus sur le marché du travail : respecter la confidentialité, agir avec discrétion, bien comprendre et suivre les instructions, faire preuve de savoir être et d’une bonne connaissance de soi, bien gérer ses émotions, être à l’écoute des autres, bien cerner les besoins, savoir anticiper et prendre l’initiative… pour ne nommer que celles-là.

Par Fatima Raji, conseillère en emploi chez Impulsion-Travail